Par : DON BUCHANAN

L’un des objectifs principaux de la mobilisation des connaissances est de créer une passerelle explicite entre la preuve et la pratique. Au Réseau de connaissances pour le bien-être des élèves, l’un de nos outils principaux pour édifier cette passerelle est nos sommaires de connaissances, « Recherche en bref ».

Une recherche en bref est un sommaire d’une page (recto verso) d’une récente revue systématique. On considère les revues systématiques comme étant les meilleurs types de données probantes, car elles résument les résultats de plusieurs autres études, généralement des essais cliniques aléatoires (ECA).

On compte plusieurs outils à utiliser pour mesurer la qualité d’une revue systématique, par contre ils ont tous tendance à considérer des caractéristiques semblables, comme la stratégie de recherche qui a servi à définir les essais, la qualité du concept de l’essai et les conditions d’application des conclusions. Nous avons trouvé utile l’outil de validité, développé par HealthEvidence.org. Du fait que leur travail est d’évaluer les interventions en « santé publique », nombre de leurs examens de données probantes sont adaptés à promouvoir et à favoriser le bien-être des élèves.

Un exemple récent est leur examen d’une revue systématique sur la question de savoir si commencer l’école plus tard le matin est bénéfique pour les élèves du secondaire en matière d’éducation, de santé et du bien-être (Do Later School Start Times Benefit the Education, Health, and Well-Being of High School Students?) À l’origine, la revue systématique avait été menée par Cochrane Collaboration, un effort de collaboration internationale visant à développer des revues systématiques de la plus haute qualité. Les personnes d’HealthEvidence.org ont attribué à la qualité de cette revue systématique la cote « très bonne » (de 9 à 10 points) et nous avons vraiment eu l’impression que c’était un article d’intérêt à résumer pour les éducatrices et les éducateurs.

bigstock Tired Student Sleeping In A Cl 197606461

Alors quelle est la source de nos préoccupations ici? En dépit de la très bonne qualité de la revue systématique, les données probantes faisant l’objet de cette revue étaient pauvres. En d’autres termes, nous savons désormais que nous n’avons pas suffisamment de preuves pour décider si retarder les heures de cours le matin pourrait avoir une incidence sur l’éducation, la santé et le bien-être des élèves à l’école secondaire. Vous pouvez jeter un coup d’œil à notre recherche en bref pour connaître les raisons pour lesquelles les spécialistes chargés de la revue ont tiré la conclusion que la preuve était pauvre.

Nous ne savons pas toujours quoi faire avec de tels résultats. Pour le personnel enseignant et les directions d’école qui souhaitent une réponse à leur question à savoir s’ils devraient ajuster le commencement des cours le matin, ce résultat est frustrant et ils vont peut-être penser que c'est une perte de temps de lire notre recherche en bref. Il est tout de même intéressant de savoir que pour le moment il n’existe pas suffisamment de preuves pour défendre la modification des horaires scolaires et qu’il se peut qu’il y ait d’autres zones où le changement est susceptible d’engendrer des résultats positifs.

Reconnaître que nous n’avons pas de réponses définitives à certaines grandes questions de notre domaine devrait nous permettre de réfléchir à ce que nous ne savons pas et remettre en question la solidité de certaines des « vérités » que nous acceptons. Citons Épictète, philosophe du premier siècle de notre ère : « Il est impossible pour un homme d’apprendre ce qu’il pense qu’il connaît déjà. »

Notre décision a évidemment été de partager cette revue systématique en créant une recherche en bref. Le Carrefour des connaissances du RECRAE et l’Ontario Education Research Exchange (OERE) comptent à présent plus de 20 de ceux-ci.

Ce ne sont pas toutes les revues systématiques qui aboutissent à des réponses conclusives. De bonnes revues systématiques fournissent des détails en quantité suffisante sur la manière dont elles ont été menées pour qu’ainsi d’autres chercheurs puissent reproduire les revues cinq, dix ou quinze ans plus tard, dans la mesure où la recherche s’amplifie et varie au sein du même domaine. Nous devrions par conséquent arrêter de parler de « meilleure preuve » et parler plutôt de « la meilleure preuve que nous avons à l’heure actuelle ».


À PROPOS DE L’AUTEUR

Don Buchanan est facilitateur de réseau, du Réseau des connaissances sur le bien-être des élèves du RECRAE. Avant d’accepter ce défi, il occupait le poste de responsable du transfert des connaissances au Hamilton-Wentworth District School Board et de responsable du transfert des connaissances au McMaster Child Health Research Institute.