Par : L’ÉQUIPE D’ENQUÊTE COLLABORATIVE EN TANT QU’APPRENTISSAGE PROFESSIONNEL DE L’UNIVERSITÉ BROCK ET DE LA RÉGION DE HALTON

Depuis 2013, deux chercheuses de la Faculté d’éducation de l’Université Brock et trois titulaires de classe d’écoles de la Région de Halton participent à une enquête collaborative en tant qu’apprentissage professionnel sur l’utilisation de la technologie numérique en classe primaire. Quand nous avons commencé notre étude, les tablettes électroniques étaient nouvelles dans les écoles et le personnel enseignant voulait apprendre à se servir efficacement des applis pour leur classe de langue maternelle. 

Instructional Resource Centre, Brock University, Hamilton
Instructional Resource Centre, Brock University

Alors que nous nous exercions avec les applis et réfléchissions à nos pratiques, nous nous sommes posé de nouvelles questions sur comment favoriser un apprentissage autonome dans les classes bénéficiant de technologie et notamment la place qu’occupe la technologie numérique dans l’apprentissage basé sur l’enquête. En 2016, une autre innovation était populaire dans les écoles – Makerspace. Nous avons donc décidé que l’étude de l’utilisation de Makerspace dans les classes du primaire serait notre prochain objectif.

L’enquête collaborative en tant qu’apprentissage professionnel

L’enquête collaborative en tant qu’apprentissage professionnel est une forme d’exercice professionnel qui permet au personnel enseignant d’intégrer de nouvelles connaissances et de nouvelles possibilités en matière de compréhension de la manière dont les élèves apprennent au travers de l’expérience propre aux enseignants en classe. Une monographie de la série Accroître la capacité du ministère de l’Éducation de l’Ontario présente sept caractéristiques de l’enquête collaborative en tant qu’apprentissage professionnel :

  1. Pertinance par rapport à l’apprentissage des élèves

Dans le cadre de notre enquête sur Makerspace nous souhaitions explorer la manière dont les activités de Makerspace peuvent favoriser l’engagement et l’apprentissage des élèves, particulièrement dans les domaines des sciences, de la technologie et des mathématiques.

  1. Un processus de partage impliquant la collaboration

Instructrices de Brock et titulaires de classe nous sommes rencontrées à l’occasion de séances de planification pour discuter de nos objectifs et les chercheuses de Brock se sont souvent rendues dans les classes afin d’observer, de prendre des notes en vue d’une rétroaction potentielle et d’interagir avec les élèves. Des courriels et des messages texte échangés fréquemment ont permis de maintenir la communication et ont conduit à partager régulièrement de nouvelles ressources et expériences. 

Deux des enseignantes enseignaient la même année d’études dans des classes côte à côte, ce qui permettait ainsi une collaboration et une planification quotidiennes. À mesure que les activités se produisaient en classe, elles partageaient souvent des photos et des messages texte à leur sujet avec les membres de Brock et l’autre enseignante (qui enseignait dans une autre école). Lorsque les deux chercheuses de Brock rendaient visite aux deux écoles, elles soumettaient fréquemment un rapport sur ce que les enseignantes faisaient dans chaque école en se servant de Makerspace.

  1. Réflexion : les actions sont influencées par la réflexion

La réflexion était essentielle à notre activité. Les enseignantes s’exerçaient à une activité de Makerspace qu’on leur avait présentée lors de la sortie organisée par Brock (comme décrite ci-dessous) et les membres de Brock leur fournissaient des commentaires à titre d’amis critiques. Les conversations se passaient souvent durant les observations en classe et se poursuivaient durant la récréation. Ces réflexions fournissaient par la suite des indications pour les activités subséquentes de Makerspace.

  1. Itération : la compréhension progresse au fil des cycles d’enquête

Lors des activités traditionnelles de perfectionnement professionnel, le personnel enseignant assiste à des ateliers, prend des notes et, espérons-le, met en œuvre dans sa salle de classe certaines des idées qu’il a retenues, souvent de manière isolée sans participation de ses collègues. C’est un processus à sens unique, dans lequel les « experts » présentent de l’information prédéterminée aux enseignants en fonction de la formation. Dans le cadre d’une enquête collaborative en tant qu’apprentissage professionnel, les membres établissent des objectifs d’apprentissage communs, recherchent de multiples sources d’information et relient les éléments qu’ils ont appris à leur expérience professionnelle. Chaque découverte suscite de nouvelles questions et ainsi le cycle d’enquête se perpétue.

  1. Raisonnement : l’analyse permet d’approfondir l’apprentissage

Dans notre exploration de Makerspace, nous avons commencé tout simplement par essayer de comprendre les fonctions clés de cette innovation. Nous nous sommes ensuite demandé à quoi ressemblerait la mise en place de Makerspace dans les classes du primaire. Au fur et à mesure que les enseignantes se sont exercées à faire des activités de Makerspace, elles ont commencé à se poser des questions plus élaborées comme en quoi cette méthode se rapproche-t-elle de STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques), comment elles pourraient déterminer ce que les élèves apprennent par l’intermédiaire des expériences à plusieurs possibilités de réponses et comment Makerspace pourrait approfondir le développement de compétences d’apprentissage et d’habitudes de travail. 

Un numéro spécial d’Educational Leadership (octobre 2017, volume 75) nous a permis d’examiner de plus près la résolution de problèmes et l’attention particulière à donner à la conception au sein de l’expérience Makerspace. Chaque étape de notre analyse nous a conduits à poser des questions de plus en plus difficiles.

  1. Adaptation : l’enquête façonne la pratique professionnelle, et vice-versa

Les enseignantes de notre enquête collaborative en tant qu’apprentissage professionnel étaient prêtes à prendre des risques dans les activités qu’elles entreprenaient. Celles-ci étaient souvent désordonnées, ouvertes et bruyantes. Bien qu’il était évident que les élèves adoraient Makerspace et étaient absolument inspirés, il aurait été plus facile pour les instructrices de rester dans le cadre de leurs pratiques plus structurées. Elles se sont jetées à l’eau, remettant continuellement en question leur pratique lors d’échanges avec les membres de l’équipe, peaufinant leurs méthodes et allant de l’avant. Le processus arborait un caractère dynamique et énergisant. 

  1. Réciprocité : Il existe un lien dynamique entre la théorie et la pratique

Dans le contexte d’une enquête collaborative en tant qu’apprentissage professionnel, il est important d’offrir un équilibre entre une vaste exploration des ressources et une sélection stratégique axée sur l’objectif. Alors que les enseignantes titulaires de classe étaient occupées à répondre aux diverses exigences de leur travail, les chercheuses de Brock prenaient soin de ne partager que des billets de blogue touchant le secteur de l’éducation, des vidéos en ligne et des articles universitaires qui traitaient uniquement des questions précises que l’équipe étudiait. Tous les membres de l’équipe ont cherché à obtenir des perspectives additionnelles en consultant les communautés éducatives sur Twitter et les courriels des listes d’envoi.

Les chercheuses de l’université ont adopté la même approche pour offrir un soutien personnalisé. Lorsque les enseignantes ont souhaité constater de leurs propres yeux des exemples concrets de mise en œuvre de Makerspace, les membres de Brock ont indiqué que leur propre centre de ressources pédagogiques (CRP) faisait une mise à l’essai de Makerspace. À la demande de l’une des enseignantes, le CRP a organisé une sortie éducative de deux jours entiers pour les classes. Les enseignantes ont pu participer avec leurs élèves et observer leurs réactions dans le cadre des activités. Le personnel du CRP de Brock leur a également présenté des sites Web et des trousses auxquels elles pourraient accéder à partir de leur propre salle de classe.

L’enquête collaborative en tant qu’apprentissage professionnel et la mobilisation des connaissances

L’enquête collaborative en tant qu’apprentissage professionnel comme méthode de perfectionnement professionnel favorise une mobilisation des connaissances efficace. Comme on peut le constater pour notre collaboration actuelle sur cinq années, le processus permet un engagement à long terme basé sur la confiance et le respect. Établir des objectifs clairs qui ne sont pas moins susceptibles d’être modifiés est essentiel à l’enquête. Du fait que les besoins émanent du groupe plutôt que d’être déterminés à l’avance par des chercheurs externes, les liens entre la théorie et la pratique sont pertinents et évolutifs.

Une réciprocité est également inhérente à l’enquête collaborative en tant qu’apprentissage professionnel. Ce ne sont pas seulement les enseignantes titulaires de classe qui ont tiré profit de l’interaction. Les chercheuses qui sont aussi des instructrices en cours de formation ont été en mesure d’apporter des exemples de Makerspace dans de réels contextes, des compétences d’apprentissage, des évaluations et des connexions transdisciplinaires dans leur propre classe de candidates et candidats à l’enseignement. Le personnel du CRP était ravi de mettre à l’essai les activités de Makerspace lors d’une sortie pédagogique avec de vrais élèves de 3e année. En raison d’une première sortie pédagogique et d’une deuxième l’an prochain, ils ont à présent proposé cette expérience aux classes de la zone que couvre l’Université Brock.

Transfert à la salle de classe

Nous avons commencé notre enquête en enquêtant Makerspace comme méthode d’apprentissage. D’une manière générale, nous avons découvert que Makerspace requiert un milieu de travail collaboratif où les élèves (faiseurs) peuvent concevoir des produits qui nécessitent ou non d’avoir recours à la technologie. Les « espaces de faiseurs » (Makerspaces) ont généralement un large éventail de matériel disponible, y compris des matériaux de construction (bois, briques de Lego, papier carton), des fournitures artistiques, des imprimantes en trois dimensions, de la robotique, des machines à coudre, des pistolets à colle et plus encore. Les activités peuvent être ouvertes, de manière à ce que les élèves puissent décider de leur plein gré ce qu’ils construiront, ou elles peuvent reposer sur des défis à surmonter, comme construire la structure la plus haute en se servant uniquement de colle et de bâtonnets de bois.

Après que notre groupe d’enquête collaborative a fait l’expérience de la sortie au centre de ressources pédagogiques de Brock, les enseignantes avaient hâte d’essayer ces activités dans leur propre classe. Le défi Makerspace décrit ci-après s’est produit après quelques tentatives à faire certaines activités après que la sortie pédagogique a eu lieu. Arrivées à ce point, les enseignantes n’étaient pas convaincues de laisser l’expérience totalement ouverte. Elles préféraient tirer parti des connaissances antérieures des élèves, les encourager à penser à un plan et à mettre l’accent sur la résolution de problèmes.

Makerspace et les Jeux olympiques d’hiver

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Toy figures for ski jump

Les enseignantes ont pris soin de proposer un équilibre entre l’appui sous forme d’instructions et la liberté d’être créatif. Elles ont présenté une vidéo de courte durée sur les Jeux olympiques, fournie par la Canadian Broadcasting Corporation et ont demandé aux élèves de se rappeler ce qu’ils avaient appris en sciences au sujet des concepts comme la gravité, la force, la friction la pente et les angles. Est-ce que deux personnes dans un bobsleigh se déplaceraient plus vite qu’une seule personne? Qu’est-ce que leur expérience à faire de la luge leur avait enseigné au sujet de la friction? Deux classes d’élèves de 3e année ont eu à relever un défi de Makerspace durant les Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang en 2018. Une classe devait créer des bobsleighs qui porteraient une figurine le long d’une piste. Les élèves de l’autre classe construiraient des tremplins pour que des figurines ayant aux pieds des bâtonnets de bois en guise de ski puissent sauter.

Plan for bobsled
Plan for bobsled

Les élèves ont eu du temps pour planifier leurs bobsleighs ou leurs tremplins. Pendant quelques minutes, ils ont créé des esquisses, ou ont pris des notes sur les points importants. Un large assortiment de fournitures de tous les jours leur a été donné et les élèves se sont mis à l’œuvre. Les enseignantes se sont promenées dans la classe, leur posant des questions, remarquant les compétences collaboratives, mais n’ont pas donné de directives aux élèves. Lorsque le défi a pris fin, chaque équipe s’est mesurée à l’autre lors d’une compétition olympique. Plusieurs discussions ont eu lieu sur les décisions prises par rapport à la conception et sur les raisons pour lesquelles certains articles ont apporté de meilleurs résultats.

Example of a completed bobseld
a completed bobsled

Tout le monde était satisfait de l’engagement démontré par les élèves et par la hauteur des résultats atteints du fait d’avoir insisté sur la réflexion conceptuelle. Le prochain objectif que nous nous sommes fixé est d’examiner la manière dont les enseignantes peuvent évaluer l’apprentissage des élèves de manière efficace au beau milieu d’activités souvent chaotiques de Makerspace. À ce jour, elles ont fait part de leurs observations sur l’application de l’apprentissage à partir des maths et des sciences, la croissance des compétences d’apprentissage et l’intérêt démontré par toute sorte d’apprenantes et d’apprenants. Maintenant, elles vont chercher des moyens de prendre des notes et de soumettre un rapport sur ces évaluations plus systématiquement. Les partenaires de l’université partageront leur expertise dans ces domaines (l’une d’elles donne un cours sur les évaluations) et en échange elles acquerront des exemples de situations réelles pour leur propre classe de formation à l’enseignement.

Conseils pour favoriser la collaboration entre les universités et les écoles

  1. Considérez chaque personne collaborant, quel que soit son rôle, comme étant un chercheur. Reconnaissez que chaque membre apporte des habiletés et des perspectives uniques à ce projet.
  2. Fixez, de manière collaborative, des objectifs précis au début de l’enquête, en étant conscient qu’au fur et à mesure que le projet progresse les objectifs évolueront probablement afin de répondre aux besoins émergents et aux différentes interprétations.
  3. Prenez le temps d’établir des rapports de confiance et une atmosphère de respect mutuel. Les enquêtes collaboratives requièrent souvent que nous nous éloignions de notre domaine familier et que nous soyons prêts à apprendre de nos erreurs. Encouragez la réflexion, les commentaires francs et l’expérimentation

Mots de la fin

L’une des enseignantes de l’étude a fait le commentaire suivant au sujet de l’enquête collaborative :

Un jour, le mot « Makerspace » s’est retrouvé dans une de nos conversations, tout le monde s’est naturellement penché sur l’idée de l’essayer en salle de classe… beaucoup d’articles intéressants nous sont parvenus, des noms de personnes à suivre sur Twitter, des sites Web, Makerspace [sorties pédagogiques] à l’Université Brock, etc. Tout d’un coup, on est passé du mot « Makerspace » à sa mise en application et tout cela grâce à des conversations entre éducateurs.

Nous sommes d’avis que ceci résume l’essence de la mobilisation des connaissances.


VOICI LES MEMBRES DE L’ÉQUIPE DE L’ENQUÊTE COLLABORATIVE EN TANT QU’APPRENTISSAGE PROFESSIONNEL :

Ruth McQuirter Scott, Ed.D. OEEO : professeure, Faculté d’éducation Université Brock

Donna Dortmans, B.A., B.Ed., OEEO : instructrice de cours, Faculté d’éducation Université Brock

Jennifer Boin, B.A., B.Ed., M.A., OEEO : enseignante titulaire – Région de Halton

Catherine Rath, B.A., B.Ed., OEEO : enseignante titulaire – Région de Halton

Nancy Meeussen, B.Sc., B.Ed., OEEO : enseignante titulaire – Région de Halton