PAR VICKY WARD

Au cours des trois dernières années, j’ai étudié la façon dont les groupes des personnels des services sociaux et de santé partagent des connaissances entre eux  ici aux R.-U. Mes travaux ont été financés par une bourse de recherche pour la mobilisation de connaissances du National Institute for Health Research qui présente une occasion de mener une formule unique de recherche en mobilisation des connaissances et d’activité pratique intéressante.

Vous vous demandez probablement ce que cela a à voir avec la recherche appliquée en éducation, mais durant mon projet je me suis rendu compte que toutes les équipes avec lesquelles je travaillais essayaient au fond de trouver des solutions à des situations difficiles (dans leur cas, comment offrir le meilleur appui possible aux personnes ayant des existences compliquées et des besoins en soins de santé complexes). Ceci ne paraît pas si différent que cela de groupes d’enseignants et de pédagogues essayant de trouver des solutions sur la manière de soutenir les élèves (ou régler l’une des nombreuses situations délicates auxquelles ils se trouvent souvent confronter)!

Je suis par conséquent ravie de partager avec vous certaines des perspectives clés de mon projet et espère qu’elles vous interpelleront et vous seront utiles.

Quels sont les éléments qui contribuent à ce que les gens partagent leurs connaissances?

L’un des principaux aspects de mon projet consistait à examiner la manière dont les équipes avec lesquelles je travaillais échangeaient des connaissances durant des réunions pluridisciplinaires. Sans aucune surprise, j’ai découvert que toutes les équipes rencontraient certaines difficultés lorsqu’elles essayaient de partager des connaissances, que ce soit pour avoir trop de connaissances et de renseignements à partager ou pour ne pas être suffisamment motivées pour aller trouver les connaissances ailleurs. Nombre de ces idées sont reproduites dans une série de récits à propos du partage des connaissances que vous pouvez retrouver ici. Par contre, j’ai également trouvé qu’il y avait certains éléments clés qui semblaient aider les membres de ces équipes à partager des connaissances entre eux. Les voici : 

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  • Avoir un objectif commun (qui contenait également améliorer la situation faisant l’objet de la discussion ou simplement prendre une décision sur la manière de traiter de la situation)
  • Admettre ne pas être à l’aise, ne pas être certain et faire part de ses préoccupations
  • Poser des questions de type « comment » et « pourquoi »
  • Faire le lien entre la situation faisant l’objet de la discussion et les situations précédentes
  • Être ouvert et réceptif aux connaissances, quelle qu’en soit la source et être disposé à apprendre de personnes provenant de différents contextes
  • Prendre le temps de penser et de se donner un espace de réflexion, donner des exemples en parlant de la situation actuelle et d’expériences passées.

 

Ces perspectives présentent une certaine utilité en elles-mêmes, mais n’aident pas systématiquement à améliorer le partage des connaissances. Préparez-vous à la suite de mon projet…

Comment pouvons-nous améliorer le partage des connaissances?

Des études antérieures ont démontré que lorsque des groupes tentent de trouver une solution à une situation difficile, le partage de leurs connaissances se retrouve réparti en cinq domaines principaux. Il peut être utile de les regrouper en trois séries d’activités :

  • Définir le principal sujet de préoccupation
  • Recenser et partager des connaissances pertinentes
  • Envisager la manière d’accéder à ces connaissances et de les utiliser

Il était courant pour les équipes avec lesquelles je travaillais d’avoir de la difficulté avec l’une ou l’autre de ces activités. De ce fait, j’ai créé une série de questions visant à les aider à partager des connaissances et à leur rappeler les activités qu’elles auraient pu oublier ou négliger. Les questions se trouvent un peu plus bas et des précisions (ainsi qu’un guide pour les mettre en application) se trouvent ici.

Je me suis exercée en posant ces questions aux équipes et en leur demandant de la rétroaction. J’ai remarqué que ces questions convenaient mieux dans un contexte relativement moins structuré, et ce généralement en réaction à une discussion qui avait déjà lieu. Les équipes étaient également d’avis que les questions ne devraient pas forcément servir dans un contexte structuré et étaient catégoriques sur leur opinion de ne pas les utiliser d’après une « liste de contrôle »! En général, les questions ont été jugées comme étant un outil pratique pour les aider à penser et à réfléchir tous ensemble, partager leur expérience et leurs connaissances et à faire bon usage de ces connaissances.

J’espère que vous trouverez mes perspectives et cet outil utiles et qu’ils vous aideront (et ceux avec qui vous travaillez) à penser et à réfléchir sur la manière dont vous partagez les connaissances et à celle de vous améliorer à le faire.

 

Questions au sujet de :

Domaine(s) principaux de préoccupation

Ce que l’on sait

Accéder aux connaissances et s’en servir

Questions types :

 

Quel est l’enjeu sous-jacent/le plus important?

Qu’est-ce qui vous préoccupe?

Quel est l’enjeu que nous voulons/devons aborder?

Pourquoi est-ce un enjeu?

Quel est le problème auquel nous faisons face?

Pourquoi voulons-nous/devons-nous faire quelque chose?

Qui sont les personnes concernées par un tel enjeu?

Que savons-nous/pensons/ressentons à propos de cette situation?

Les autres personnes affectées par cette situation, que savent/pensent/ressentent-elles?

Savons-nous/pensons-nous/ressentons-nous la même chose?

Par le passé, avons-nous déjà essayé de faire quelque chose à propos de la situation?

Avons-nous déjà été confrontés à une telle situation?

Quels sont les éléments connus sur la manière de traiter d’une telle situation?

Que faisons-nous habituellement dans ce genre de situation?

Comment regroupons-nous ce que nous savons déjà?

Que devons-nous savoir afin de pouvoir procéder?

Comment trouver les connaissances dont nous avons besoin?

Qui d’autre pourrait avoir connaissance de cette situation?

À qui devons-nous parler/de quelle opinion avons-nous besoin?

D’autres personnes ont-elles essayé de remédier à cette situation?

Quelqu’un d’autre a-t-il eu affaire avec une situation semblable?

De quelle manière nous servons-nous de ce que nous savons/nous découvrons pour arriver à une solution?

Quels facteurs pourraient influencer notre capacité à nous servir des connaissances?

Par quel moyen partageons-nous ce que nous savons avec autrui?

Posez ces questions lorsque :

Cette situation entraîne chez beaucoup de personnes énormément d’inquiétude, de préoccupation ou de frustration.

La discussion tourne en ronds sans qu’il n’y ait aucun progrès.

Beaucoup de questions sont posées ou d’idées sont présentées qui semblent toucher différents aspects de la situation.

Durant la discussion, les gens ont souvent recours à des expressions comme « je ne sais pas » ou « je ne suis pas sûr ».

Le principal domaine de préoccupation revient fréquemment alors que d’autres situations font l’objet de discussions.

Peu de membres de l’équipe participent à la discussion.

Les personnes transmettent uniquement des éléments factuels à propos de la situation.

Peu d’attention est donnée à ce que certaines personnes qui ne font pas partie de la discussion en cours savent déjà.

Le principal domaine de préoccupation concerne une autre partie du système/un autre service.

La discussion tourne en ronds sans jamais faire de progrès.

Peu de décisions sont prises sur la manière de procéder.

 

À PROPOS DE L’AUTEUR

Vicky Ward est professeure agrégée en mobilisation des connaissances à University of Leeds, au R.-U. Elle se consacre à des travaux sur la manière dont le personnel des soins de santé et les universitaires peuvent être soutenus afin d’apprendre les uns des autres et partager leurs connaissances entre eux. Récemment, ses travaux ont porté sur l’élaboration d’un cadre de rétroaction pour les utilisateurs de services visant à améliorer les soins intégrés, sur la manière dont les dirigeants en santé et en bien-être de différentes organisations diffusent et créent des connaissances, sur la manière dont se forment les relations de collaboration entre les universitaires et les dirigeants du National Health Service (NHS) et sur la manière dont les connaissances sont diffusées au sein des équipes de prestataires de service. En 2014, elle a obtenu une bourse de recherche en mobilisation des connaissances du NIHR (National Institute for Health Research) portant sur la manière dont les connaissances sont mobilisées au-delà des limites des soins de santé et d’aide sociale dans les milieux communautaires. Elle fait partie du groupe organisant un nouveau réseau de formation en ligne – le Knowledge Into Practice Learning Network (pour de plus amples renseignements et la manière de s’y inscrire, visitez https://knowledgeintopracticenetwork.wordpress.com/). Avant d’étendre ses activités à la recherche en santé, elle a fait carrière comme enseignante de clarinette et avait sa propre école. Lisez son blogue, pour découvrir la manière (et la raison) de sa conversion en recherche dans le domaine de la santé.