PAR JONATHAN SHARPLES

Dans ce blogue, le professeur Sharples confie au réseau du RECRAE des idées force à retenir de ses récents travaux chez Evidence for Learning en Australie, de même qu’un travail novateur à l’Education Endowment Foundation au R.-U. Comparables aux initiatives en mobilisation des connaissances en Ontario, Jonathan observe une tendance dans les deux pays à développer des partenariats significatifs entre praticiens et chercheurs comme stratégie fondamentale pour accroître la mobilisation et l’incidence des pratiques éclairées par la recherche dans les écoles et les salles de classe. Jonathan a adapté ce blogue à partir d’un récent billet qu’il a écrit pour le site Web d’Evidence for Learning.

Vers la fin de l’année dernière, j’ai eu le plaisir de passer quelque temps en Australie, travaillant avec des collègues à Evidence for Learning (http://evidenceforlearning.org.au), une nouvelle entreprise qui vise à adopter une méthode basée sur la preuve pour « contribuer à ce qu’une pratique devienne pratique courante ».

… l’élan en faveur d’une réforme basée sur la preuve a été suivi par une large alliance d’individus de plus en plus nombreux – décideurs politiques, praticiens, intermédiaires…

L’impression générale que j’ai éprouvée de cet endroit (mis à part le fait de ne pas vouloir revenir à Londres en hiver!) est qu’il semble que ce soit une période extraordinaire pour enseigner en Australie, alors que la pratique éclairée par des données probantes apparaît comme étant une caractéristique plus centrale du paysage de l’éducation. Ces développements me rappellent l’une des tendances centrales dont nous avons été témoins ces dix dernières années au R.-U., ou l’élan en faveur d’une réforme basée sur la preuve a été suivi par une large alliance d’individus de plus en plus nombreux – décideurs politiques, praticiens, intermédiaires – plutôt que d’être un programme majoritairement guidé par la recherche.

Cette tendance pourrait aussi être le cas pour beaucoup au sein de la communauté canadienne de mobilisation des connaissances et à mon avis c’est une opportunité géniale. En Australie, j’ai été frappé par la sophistication des connaissances en recherche du personnel enseignant et des directions d’école que j’ai rencontrés, de même que par leurs capacités à interpréter et à appliquer la preuve à la pratique. Le plus impressionnant était la clarté des objectifs en matière d’utilisation de la recherche, en conjonction avec leur expertise professionnelle, dans le but d’améliorer l’apprentissage des élèves et de rendre l’éducation plus équitable. Même si cela peut paraître évident, ce n’est pas toujours le cas. En dépit de bonnes intentions, parfois nous sommes tellement soucieux des moyens – générer de la recherche et l’utiliser – que nous en oublions la fin, qui est, bien entendu, d’améliorer la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage dans les écoles.

J’ai été frappé par la sophistication des connaissances en recherche du personnel enseignant et des directions d’école que j’ai rencontrés, de même que par leurs capacités à interpréter et à appliquer la preuve à la pratique. Le plus impressionnant était la clarté des objectifs en matière d’utilisation de la recherche, en conjonction avec leur expertise professionnelle, dans le but d’améliorer l’apprentissage des élèves et de rendre l’éducation plus équitable.

À cet égard, j’ai été frappé par le style incisif de la mise en œuvre. J’aime vraiment l’expression « le praticien est l’intervention ». Elle insiste sur le fait qu’il importe peu que la qualité des programmes et des pratiques basés sur les preuves soit bonne sur papier, ce qui compte réellement c’est la manière dont ils se manifestent dans le travail quotidien du personnel enseignant en salle de classe. Encore ici cela paraît évident, mais trop souvent nous insistons sur le fait de favoriser l’engagement quant à la preuve aux dépens de fournir le temps, la détermination et le soutien nécessaires afin de traduire un entendement conceptuel en des comportements concrets. À ce propos,  j’ai eu la chance de voir de très bons exemples de mise en œuvre par matière et par compétence : les écoles choisissaient un domaine prioritaire clé, disons l’évaluation formative ou la pédagogie de la maîtrise et définissaient un engagement à long terme d’application de la recherche de manière à ce que cela fonctionne dans leur contexte, parfois au détriment d’autres priorités potentielles.

J’ai eu la chance de voir de très bons exemples de mise en œuvre par matière et par compétence : les écoles choisissaient un domaine prioritaire clé… et définissaient un engagement à long terme d’application de la recherche de manière à ce que cela fonctionne dans leur contexte, parfois au détriment d’autres priorités.

L’un des aspects les plus passionnants de l’Education Endowment Foundation, où j’étais basé en G.-B., est la manière dont elle est en passe de devenir un véritable partenariat entre la recherche et la pratique, avec des producteurs et des utilisateurs de recherche collaborant afin d’établir « ce qui fonctionne » et d’appliquer ces connaissances dans des milieux scolaires complexes. Par exemple, un réseau national d’écoles de recherche est en train de se former, ce qui a permis des occasions et une capacité à exercer une pratique éclairée par des données probantes dans leur région, et ce, en communiquant des résultats de recherche, en fournissant de la formation et du perfectionnement professionnel et en encourageant une innovation disciplinée « du bas vers le haut ». (https://researchschool.org.uk).

La circonstance opportune, je pense, est de placer ces écoles leader au centre de notre entreprise autant que possible, car ces personnes qui sont en mesure de combler le clivage entre la recherche et la pratique sont, à mon sens, notre meilleur atout. L’opportunité se présente à toutes les parties prenantes – chercheurs, praticiens et intermédiaires – de déterminer quelle est la part qu’elle apporte au groupe que ce soit en termes de stimuler l’innovation, de capturer les répercussions, transférer la preuve ou l’intégrer dans la pratique. Il n’est pas facile de trouver un compromis sur qui assumera ces rôles complémentaires, mais si différenciés, pourtant quand cela se produit je crois que c’est vraiment le moment auquel les choses se mettent réellement en branle.

À PROPOS DE JONATHAN SHARPLES

Professeur Sharples est chercheur principal à l’Education Endowment Foundation, détaché de l’Institute of Education du University College London, où il s’intéresse à l’utilisation dans les écoles de données probantes issues de la recherche. Jonathan collabore avec des écoles et des décideurs politiques de tout le secteur dans le but de promouvoir la pratique éclairée par des données probantes et de diffuser les connaissances à propos de « ce qui fonctionne » en enseignement et en apprentissage. Il rédige des instructions basées sur la preuve à l’intention des écoles et travaille aux côtés de praticiens pour adapter des pratiques qui ont fait leur preuve.

Jonathan travaillait auparavant pour The Institute for the Future of the Mind à l’University of Oxford, où il examinait la manière dont les perspectives issues de la recherche en science du cerveau peuvent compléter l’expertise et le perfectionnement professionnel du personnel enseignant. Avant cela, il travaillait comme professeur de sciences dans une école secondaire à Sydney. Il est l’auteur de Evidence for the Frontline, un rapport publié par Alliance for Useful Evidence décrivant les éléments d’un système de preuves qui fonctionne.