Dre LOUISE STOLL FAcSS, professeure en perfectionnement professionnelle, UCL Institute of Education, Londres

Comment créez-vous une culture caractéristique à toute une école ou tout un district, où des conclusions de recherche universitaire sont à l’origine de discussions animées et où les personnes s’en inspirent régulièrement dans l’exercice de leur profession? À titre de chercheuse appliquée en éducation, mes travaux de recherche essaient de présenter des solutions à de complexes défis dans les domaines de l’amélioration et de la direction des établissements scolaires. Je suis tout autant passionnée lorsque je cherche des moyens pour que les éducatrices et les éducateurs se servent des résultats de ma recherche afin de les soutenir à améliorer leur pratique et l’expérience d’apprentissage de leurs élèves ainsi que leurs résultats. Un bon moyen de commencer est en les incitant à tenir des conversations sur l’enseignement reposant sur de la recherche.

Lorsque le personnel enseignant et les directions des établissements scolaires s’intéressent sérieusement aux résultats d’études de recherche, ils constituent en eux-mêmes des éléments essentiels de l’intégralité du processus d’apprentissage. Comme n’importe quel développement professionnel ayant un véritable impact, il faut que les notions remettent sérieusement en question les idées préconçues que les gens ont sur la manière dont ils ont l’habitude de faire les choses pour que cela entraîne un changement profond réel. En ayant recours à ce que j’appelle l’animation des connaissances, le personnel enseignant et les directions d’établissements scolaires créent des relations au cœur même de l’apprentissage alors qu’ils focalisent leur attention sur les résultats de recherche et par la suite développent les connaissances qui leur sont utiles et qui les aideront à optimiser l’exercice de leurs fonctions.

Pourquoi le choix du terme « animation »?

Le RECRAE est un important courtier en mobilisation des connaissances (MdC). Sandra Nutley et Huw Davies (2016) décrivent la MdC comme étant « une grande diversité d’approches visant à encourager la création, le partage et l’application des connaissances » [Traduction libre] et, en se référant à l’éducation, Julie Nelson et Clare O’Beirne la définissent comme étant : « Le processus par lequel les données probantes sont appliquées dans la pratique, par la synthèse, la transformation en ressources utiles ou en conseils pratiques destinés aux écoles, ou la médiation » [Traduction libre]. Il existe plusieurs autres termes comme « la dissémination », « le transfert des connaissances » et « l’utilisation des connaissances » qui sont soit utilisés en tant que synonymes ou pour définir des étapes du processus. Je m’intéresse particulièrement à ce qui stimule l’inspiration des gens à se connecter à des résultats de recherche et au rôle qu’ils jouent eux-mêmes à transformer les connaissances issues de la recherche. Selon moi, le terme « animation » l’explique parfaitement. En effet, le mot « animer » est dérivé du mot latin « anima » qui signifie souffle, vie ou âme. Animer signifie : donner vie ou pousser, mouvoir. Il sous-entend qu’il y a mouvement, action, dynamisme et innovation. Les idées prennent réellement vie lorsqu’on les partage et qu’on les étudie avec autrui. En définitive, ce sont les directions d’établissements scolaires et le personnel enseignant, et non les chercheurs, qui donnent vie à la recherche quand ils l’interprètent, puis l’appliquent ou adaptent les idées à leur contexte.

Concevoir des processus au service de l’animation des connaissances a pour intention de porter la recherche à la connaissance des gens selon des moyens qui les aident à se familiariser avec elle sous forme d’unités faciles à gérer et selon divers formats accessibles, afin d’éveiller leur intérêt, mûrir les idées et qu’ils y donnent un sens. Ils doivent cerner les idées, les envisager sérieusement et examiner les sujets et enjeux. Des processus efficaces font ressortir des opinions et des préjugés inexprimés, qui peuvent être remis en question par des résultats de recherche. Les protocoles relatifs à la conversation (cadres et lignes directrices) peuvent contribuer à ce qu’un groupe de personnes amalgament leurs connaissances et expériences avec la recherche et présentent ensemble quelque chose d’original afin de résoudre des problèmes insolubles. Les éléments et les processus de l’animation des connaissances doivent :

  • prêter autant attention aux apprenantes et apprenants et au processus d’apprentissage qu’à la recherche elle-même;
  • mobiliser les personnes en apprenants collaboratifs et amis critiques;
  • être adaptés aux situations et contextes;
  • être attachés à des possibilités de mettre les idées en pratique et d’approfondir de nouveaux enseignements. (en anglais seulement)

Éclairé par des données probantes enseignement : outil pédagogiqueRessources pour tenir des conversations d’apprentissage en animation des connaissances

Voici deux outils que j’ai récemment développés avec des collègues :

  1. Engagement du personnel enseignant et des écoles envers des données probantes : boîtes à outils pour une auto-évaluation (en anglais seulement)

Ces trousses ont été publiées par notre Chartered College of Teaching au début de 2018 et sont téléchargeables gratuitement. Elles résultent d’une autre de nos études nationales qui visait à évaluer le progrès de l’Angleterre à devenir un système d’enseignement fondé sur des données probantes. Ces deux outils d’auto-évaluation sont conçus de manière à aider les éducatrices et les éducateurs à mesurer et à envisager leur propre degré d’interaction avec les données en matière de conscientisation, d’engagement et d’utilisation. D’après de réels exemples et estimations, ils illustrent également ce à quoi correspondent différents degrés d’interaction dans des écoles qui se servent plus ou moins de données probantes. Nous invitons les personnes à inscrire leurs exemples tout au long de leur propre auto-évaluation, et nous espérons qu’elles indiqueront notamment la manière dont elles s’en serviront pour l’initiation de conversations et de prises de décisions en commun. Ces outils ont pour vocation un usage collaboratif et on trouve à la fin de ceux-ci un feuillet récapitulatif contenant des questions pour stimuler encore plus de conversations. 

2. Notre initiative la plus récente est « Catalyst : an evidence-informed, collaborative professional learning resource for teacher leaders and other leaders working within and across schools ».

CatalyseurIl s’agit de deux séries de cartes basées sur des conclusions issues d’un projet collaboratif d’échange de connaissances en recherche et développement entre notre Centre et Challenge Partners, un partenariat collaboratif volontaire à l’échelle nationale entre plus de 350 écoles. « Catalyst » vise à aider les directions d’écoles à « donner vie » aux résultats du projet et à les contextualiser, celui-ci ayant examiné quatre questions de recherche concernant :

  • l’efficacité du personnel enseignant/des leaders intermédiaires au sein des écoles et dans leur partenariat avec les autres écoles;
  • un suivi sur l’incidence qu’ils ont sur la pratique des collègues;
  • le partage de leurs connaissances;
  • le soutien qu’ils reçoivent de leurs supérieurs grâce à la création de cultures de collaboration dans l’exercice de la profession.

Exemple du recto de la première série de cartesExemple du verso de la première série de cartes Les cartes s’inspirent des connaissances que nous avons acquises dans le cadre du projet, ainsi que dans le cadre d’autres études de recherche sur un perfectionnement professionnel efficace, la mobilisation et l’animation des connaissances. La première série de cartes comprend des réponses aux questions de la recherche, chaque carte étant consacrée à une conclusion, résumée en deux ou trois phrases. Nous avons intentionnellement fait preuve de concision, trouvant qu’il est plus facile ainsi d’attirer l’attention des personnes qui sont réticentes à lire de longs textes. Par ailleurs, ces deux phrases concises ont le pouvoir de stimuler des conversations approfondies si on les associe à des missions ardues de perfectionnement professionnel et des questions percutantes. Des références de recherche plus étoffées sont disponibles pour ceux qui souhaitent aller plus loin.

La deuxième série de cartes contient neuf processus de perfectionnement professionnel et autre développement pouvant servir à titre personnel ou dans le cadre d’un atelier, et ce, dans le but d’aider les directions à considérer collectivement les résultats de recherche dans tous leurs détails et à les appliquer afin d’améliorer leur pratique et celles de leurs collègues. L’occasion est donnée aux participants de faire des commentaires, d’écouter, de poser des questions, de réfléchir, d’offrir une amitié critique et de construire un climat de confiance de manière à ce qu’ils se sentent plus à l’aise à aborder certaines questions entre eux. Les cartes donnent également l’occasion de participer à une formation collaborative basée sur des problèmes à résoudre au fur et à mesure que les personnes proposent de nouvelles solutions à certains problèmes et les incitent à les traduire en actions qui sont axées sur une supervision menant à de meilleures pratiques.

Guide d'animateurUn guide pédagogique est également mis à disposition et les utilisateurs peuvent également accéder à des ressources connexes à partir du lien suivant : https://www.ioe-rdnetwork.com/catalyst.html. (en anglais seulement)

Vous pouvez aussi télécharger gratuitement « Professional Learning Communities: Source Materials for School Leaders and Other Leaders of Professional Learning » à http://www.lcll.org.uk/professional-learning-communities.html, guide basé sur les conclusions que nous avons tirées dans le cadre d’un projet national de recherche en Angleterre dont l’étude portait sur les communautés d’apprentissage professionnel.

Quelle sera l’étape suivante?

Je travaille à l’heure actuelle à trouver d’autres moyens d’aider les éducatrices et les éducateurs à se connecter aux résultats de recherche. Je souhaite notamment examiner davantage comment les différents processus de perfectionnement professionnel fonctionnent alors que les personnes prennent conscience et possession des résultats de recherche. Nous avons pour projet d’établir un réseau d’utilisatrices et d’utilisateurs de « Catalyst ». Si vous avez recours à l’une ou l’autre de ces ressources, n’hésitez pas à me faire parvenir vos commentaires.  


Références bibliographiques

Nonaka, I. et Takeuchi, H. (1995). The Knowledge-Creating Company: How Japanese Companies Create the Dynamics of Innovation. Oxford University Press, New York et Oxford.

Nelson, J. et O’Beirne, C. (2014). Using Evidence in the Classroom: What Works and Why? National Foundation for Educational Research. [https://www.nfer.ac.uk/publications/IMPA01/IMPA01.pdf]

Nutley, S. et Davies, H. (2016). Knowledge mobilisation: creating, sharing and using knowledge, dans K. Orr, S. Nutley, S. Russell, R. Bain, B. Hacking et C. Moran (eds) Knowledge and Practice in Business and Organisations. Routledge, Londres.

Stoll, L. (2012). Stimulating learning conversations, Professional Development Today, 14 (4): 6-12.

Stoll, L. (2010). Connecting learning communities: capacity building for systemic change, dans A. Hargreaves, A. Lieberman, M. Fullan et D. Hopkins (eds) Second International Handbook of Educational Change. Springer, Pays-Bas.

Stoll, L. (2009). Knowledge Animation in Policy and Practice: Making Connections. Document présenté à la Réunion annuelle de l’American Educational Research Association, San Diego, avril.

Timperley, H., Wilson, A., Barrar, H. et Fung, I. (2008). Teacher Professional Learning and Development: Best Evidence Synthesis Iteration. Ministère de l’Éducation de Nouvelle-Zélande, Wellington.


À PROPOS DE L’AUTEUR

Louise Stoll.tifLouise est professeure en perfectionnement professionnel au UCL Institute of Education, Londres (à temps partiel) et chercheuse contractuelle, ainsi que consultante à l’échelle internationale. Sa recherche et ses activités de R et D portent sur la manière dont les écoles et les systèmes locaux et nationaux génèrent un potentiel pour apprendre, en mettant particulièrement l’accent sur les communautés d’apprentissage professionnel et les réseaux d’apprentissage, le leadership créatif, le développement des capacités en leadership et la manière de faire le lien entre la recherche et la pratique par l’intermédiaire de pratiques d’évaluation formative et d’enquêtes collaboratives. Louise a mené plusieurs évaluations au nom d’organismes nationaux en Angleterre. Elle est l’une des expertes des initiatives de l’OCDE : Transformer les écoles de façon à répondre aux besoins d’apprentissage des élèves, Environnements pédagogiques novateurs, Améliorer la direction des établissements scolaires et Cadres d’évaluation en vue d’améliorer les résultats scolaires. Elle a été présidente de l’International Congress for School Effectiveness and Improvement (ICSEI) et membre de l’Académie des sciences sociales (FAcSS). Louise a passé six ans en Ontario à titre de directrice de la recherche au Halton Board of Education. Elle est l’auteure de nombreuses publications traduites en plusieurs langues. Elle a également développé des ressources en leadership et en perfectionnement professionnel basées sur sa recherche. Sur la scène internationale, Louise participe régulièrement en tant que conférencière principale, organisatrice et animatrice d’ateliers.